La nationalisation de Danone en Russie, nouvelle étape de la “désoccidentalisation” de l’économie russe

Un coup de semonce du Kremlin

Le décret signé le 16 juillet par Vladimir Poutine plaçant sous tutelle de l’Etat russe les actifs locaux du groupe français Danone a provoqué une véritable sidération au sein de la multinationale. Cette décision survient quelques mois après l’annonce par Danone de son intention de se retirer du pays et de trouver un repreneur local pour ses onze usines et plus de 7000 salariés sur place.

Selon Julien Vercueil, professeur d’économie à l’Inalco, cette nationalisation de fait s’inscrit dans le vaste mouvement de “désoccidentalisation” et d’étatisation progressive de l’économie russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Elle représente un coup de semonce du Kremlin envers les groupes occidentaux tentés de quitter le pays.

La décision russe a créé un climat d’incertitude totale chez Danone, qui se retrouve dans l’impossibilité de gérer ses actifs et ses salariés en Russie. Le groupe semble marcher sur des oeufs pour ne pas aggraver la situation. Ce retournement de situation brutal démontre la vulnérabilité des entreprises occidentales face à l’arbitraire du pouvoir russe.

Une réponse “en miroir” aux sanctions occidentales

Pour Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du centre Russie/Eurasie à l’Institut français des relations internationales, la Russie considère les sanctions économiques occidentales comme une véritable déclaration de guerre économique. Faute de pouvoir riposter à la même hauteur, Moscou cible les actifs des entreprises originaires des “pays non amicaux”, les prenant en otage.

L’affaire Danone s’inscrit dans cette logique de rétorsion, à l’instar de la reprise l’an dernier de la participation de Renault-Nissan dans Avtovaz pour un prix symbolique. Elle vise à dissuader les autres groupes étrangers de se retirer du pays, sous peine de tout perdre.

La Russie applique ainsi une politique du miroir en répliquant aux sanctions occidentales par des mesures de réappropriation des actifs étrangers sur son territoire. Cette escalade risque de rendre encore plus complexe le désengagement des entreprises présentes en Russie.

Le spectre des oligarques des années 1990

Pour Konstantin Sonin, économiste russe basé à l’université de Chicago, cette prédation évoque les années 1990 lorsque d’ex-dirigeants soviétiques s’étaient emparés de pans entiers de l’économie russe.

La guerre de Poutine pourrait faire émerger une nouvelle génération d’oligarques profitant des actifs cédés des entreprises occidentales. Le clan Kadyrov, allié du Kremlin, en a déjà profité en récupérant la direction des usines Danone. Les groupes restés en Russie malgré le contexte devenu hostile, tels Auchan ou Total, représentent des proies de choix pour ces nouveaux profiteurs du système.

L’accaparement des actifs de Danone par un proche de Kadyrov montre que le Kremlin utilise aussi ces nationalisations pour récompenser ses soutiens, à l’image des privatisations douteuses des années 90. La fin de la présence occidentale pourrait marquer le retour des pratiques mafieuses de l’époque Eltsine.

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