L’Inde : Le Nouvel Eldorado de l’Horlogerie Suisse

Un potentiel gigantesque

Les années 2010 ont été marquées par l’ascension fulgurante de la Chine en tant que marché clé pour les fabricants de montres suisses. Cependant, la prochaine décennie pourrait bien appartenir à l’Inde. Avec sa population de 1,4 milliard d’habitants, le sous-continent asiatique offre un potentiel énorme à l’industrie horlogère suisse. Malgré son développement économique soutenu, l’Inde ne se classe actuellement qu’au 22e rang des marchés des fabricants suisses de montres. Mais selon une étude annuelle de Deloitte, cela pourrait rapidement changer. D’ici 2028, les ventes à l’exportation de montres suisses en Inde pourraient dépasser les 400 millions de francs suisses. Il est même envisagé que l’Inde figure parmi les dix premiers marchés d’exportation suisses dans une décennie.

L’émergence d’une classe moyenne avide de luxe

Le principal argument en faveur de cette ambition audacieuse est l’émergence d’une classe moyenne indienne de plus en plus aisée et sensible au luxe. Cette classe moyenne croissante représente une base de consommateurs non seulement vaste mais également disposée à investir dans des montres de qualité. Karine Szegedi, responsable du secteur de la consommation, de la mode et du luxe chez Deloitte Suisse, souligne que cette évolution est cruciale pour l’industrie horlogère suisse.

L’Inde, un marché de croissance clé

Les cadres supérieurs de l’industrie horlogère s’accordent à considérer l’Inde comme le prochain grand marché de croissance du secteur. Pour la première fois, l’Inde est en tête des réponses les plus citées dans ce contexte. En 2022, l’Inde était encore derrière l’Autriche en termes d’exportations de montres suisses, mais le pays a enregistré une forte augmentation au cours des huit premiers mois de l’année, avec 133,7 millions de francs suisses en valeur, soit une hausse de 18,5% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette comparaison est d’autant plus impressionnante si l’on tient compte du contexte difficile de 2021, marqué par la pandémie de Covid-19.

Des défis à surmonter

Bien que l’Inde présente un intérêt indéniable pour l’industrie horlogère suisse, elle n’est pas sans défis. La bureaucratie, la paperasserie et les complications administratives sont autant de termes qui viennent rapidement à l’esprit lorsqu’on parle de faire des affaires en Inde. De plus, les droits de douane et les taxes, pouvant atteindre jusqu’à 35% du prix d’importation pour des produits de luxe comme les montres, représentent un obstacle significatif pour les marques horlogères suisses. Les marques telles que Rolex, Omega, Cartier ou Patek Philippe sont particulièrement touchées par ces tarifs élevés. Cependant, il semble que la situation s’améliore progressivement, car de plus en plus de marques envisagent de revenir en Inde.

L’importance des partenariats locaux

Pour entrer sur le marché indien, il est essentiel de s’associer avec un partenaire local. Bien que le gouvernement indien ait fait des efforts pour simplifier les procédures d’obtention des licences nécessaires à toute activité commerciale, établir une présence dans le pays le plus peuplé de la planète reste un défi de taille.

Un accord de libre-échange en vue

La conclusion d’un accord de libre-échange entre la Suisse et l’Inde pourrait potentiellement lever certaines de ces barrières. Les premières négociations avaient été entamées sous l’ancien conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, mais elles avaient été suspendues. Cependant, ces derniers mois, le sujet est de nouveau à l’ordre du jour au Département fédéral de l’économie. Le conseiller fédéral Guy Parmelin a exprimé sa volonté de réussir là où son prédécesseur avait échoué.

L’accord de libre-échange avec la Chine comme précédent

Il convient de rappeler que la Suisse avait signé un accord de libre-échange avec la Chine il y a exactement dix ans, sous la houlette de Johann Schneider-Ammann. Les négociations avec la Chine avaient failli échouer en raison des préoccupations de l’industrie horlogère suisse concernant les droits de douane, les règles d’origine et la protection de la propriété intellectuelle. Cependant, une fois en vigueur, cet accord avait permis de réduire les droits de douane à 5% pour les montres suisses, ce qui avait contribué à stimuler les exportations vers l’Empire du Milieu, atteignant un niveau impressionnant de 2,6 milliards de francs suisses l’année dernière.

Les avantages des accords de libre-échange

Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère suisse, souligne que ces accords de libre-échange engagent les deux parties à faciliter les échanges commerciaux, ce qui peut contribuer à prévenir les obstacles au commerce. Bien que l’impact précis de l’accord avec la Chine sur les exportations suisses soit difficile à mesurer, il est indéniable que de tels accords ouvrent des perspectives prometteuses pour l’industrie horlogère suisse.

Les négociations en cours

Le Secrétariat d’État à l’économie confirme son intention de conclure les négociations pour un accord de libre-échange avec l’Inde l’année prochaine, avant les élections indiennes. Cependant, de nombreux observateurs restent sceptiques, compte tenu des difficultés rencontrées lors des négociations précédentes. Il est néanmoins important de noter que le succès de cet accord ne serait pas seulement bénéfique pour les horlogers suisses, mais aussi pour de nombreux autres exportateurs suisses qui voient en l’Inde un nouvel eldorado qui reste encore à conquérir.

Conclusion

L’Inde se profile comme le prochain marché de croissance majeur pour l’industrie horlogère suisse. Malgré les défis liés à la bureaucratie, aux droits de douane et aux partenariats locaux, les fabricants de montres suisses sont déterminés à saisir cette opportunité. La conclusion d’un accord de libre-échange avec l’Inde pourrait ouvrir la voie à une croissance significative des exportations suisses vers ce marché colossal. L’histoire de la Suisse avec l’accord de libre-échange conclu avec la Chine montre que de tels accords peuvent avoir un impact positif sur les exportations. Il reste maintenant à voir si les négociations avec l’Inde aboutiront à un accord mutuellement bénéfique.

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