Crise au Niger : le bras de fer se durcit entre la junte et la communauté internationale

Des accusations d’ingérence française rejetées par Paris

La situation déjà très tendue au Niger depuis le coup d’État militaire du 26 juillet dernier vient de connaître une nouvelle escalade. Dans un communiqué diffusé ce lundi 2 août à la télévision publique nigérienne, les putschistes accusent ouvertement la France de préparer une intervention militaire dans le pays pour rétablir le président déchu Mohamed Bazoum.

Selon les putschistes rassemblés au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, la France aurait tenu une réunion à l’état-major de la Garde nationale du Niger dans le but d’obtenir les autorisations nécessaires pour intervenir militairement. Des allégations graves rejetées dans la foulée par Paris, qui dénonce des accusations sans fondement.

Ces déclarations musclées s’inscrivent dans un climat de tensions croissantes entre la junte et la communauté internationale. Dimanche déjà, des milliers de manifestants favorables au coup d’État avaient pris pour cible des intérêts français à Niamey, s’en prenant même à l’ambassade de France. Ces violences font écho à l’histoire mouvementée entre le Niger et la France, ancienne puissance coloniale. Depuis l’indépendance en 1960, les relations entre les deux pays ont connu des hauts et des bas, entre coopération économique et suspicions d’ingérence néocoloniale.

L’UE et la Cédéao haussent le ton

Ces violences anti-françaises ont conduit l’Union européenne et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à monter au créneau. Dans un communiqué publié lundi, l’UE avertit qu’elle tiendrait les putschistes responsables de toute nouvelle attaque contre des représentations diplomatiques.

De son côté, la Cédéao a sommé dimanche les militaires putschistes de rétablir l’ordre constitutionnel sous une semaine, brandissant même la menace d’une intervention armée. Un ultimatum risquant de plonger le Niger dans le chaos, alors que ce pays fragile est déjà en proie à de graves troubles sécuritaires liés à des groupes jihadistes comme Boko Haram ou Al-Qaïda. Une intervention militaire étrangère pourrait aggraver l’instabilité.

Le secteur minier surveillé de près

Sur le plan économique, la crise politique au Niger inquiète particulièrement la France en raison des importants intérêts miniers qu’elle y détient via le groupe Orano (ex-Areva). Principale ressource du Niger, l’uranium fait l’objet d’une étroite coopération entre Paris et Niamey depuis les années 1970. Une déstabilisation prolongée du pays pourrait menacer l’approvisionnement de la France en uranium nigérien, utilisé notamment dans ses centrales nucléaires.

Bien qu’aucune interruption d’activité ne soit signalée pour l’heure, Orano a activé une cellule de crise pour suivre la situation de près. L’entreprise craint que les troubles politiques ne perturbent à terme l’acheminement du minerai via le port de Cotonou au Bénin.

Vers une transition politique incertaine

Alors que le bras de fer s’intensifie entre la junte et la communauté internationale, l’issue de cette crise politique reste très incertaine. La junte devra composer avec les pressions pour rétablir l’ordre constitutionnel et organiser des élections libres. Mais une transition trop rapide risque également de déstabiliser le pays, déjà fragilisé par la pauvreté, le jihadisme et le changement climatique.

La communauté internationale cherchera un juste équilibre entre fermeté face aux putschistes et accompagnement d’une transition inclusive et apaisée. L’enjeu est de taille pour éviter que le Niger ne sombre dans une spirale de violences aux conséquences imprévisibles.

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