La difficile situation des femmes en Afghanistan sous le régime taliban

Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, les droits des femmes afghanes n’ont cessé de se dégrader, jusqu’à devenir parmi les plus limités au monde. Revenues à la tête du pays vingt ans après en avoir été chassées par l’intervention américaine, les talibans ont rapidement rétabli l’ordre rigoriste en place lors de leur premier règne, entre 1996 et 2001.

Des libertés confisquées

Les talibans ont très vite repris le contrôle du pays à la faveur du retrait définitif des troupes américaines et occidentales, après vingt ans de présence. Dès leur retour au pouvoir, ils ont entrepris de restreindre drastiquement les droits des femmes, en les excluant progressivement de la vie publique.

L’accès à l’éducation notamment a été grandement limité. Si les filles sont encore admises à l’école primaire, l’enseignement secondaire leur est désormais interdit dans une grande partie du pays. Quant aux universités, elles ont reçu l’ordre en décembre 2022 d’exclure toutes les étudiantes de leurs rangs. Cette décision prive des centaines de milliers de jeunes filles et femmes afghanes de toute possibilité d’accéder à l’enseignement supérieur et de se former pour occuper des postes qualifiés.

Sur le plan professionnel également, de nombreuses Afghanes ont perdu leur emploi ou ont été sommées de rester à leur domicile. Le port du voile intégral en public a été réinstauré, limitant considérablement la liberté de circulation et d’expression des femmes. La mixité est prohibée sur les lieux de travail, empêchant toute possibilité pour les femmes de travailler aux côtés d’hommes.

Bref, les femmes sont peu à peu redevenues des citoyennes de seconde zone, dont le rôle se cantonne à la sphère domestique et à la satisfaction des besoins du mari. Leur place dans la société afghane se trouve radicalement réduite par rapport aux acquis obtenus lors des deux dernières décennies.

Une infiltration d’Al-Qaïda favorisée

Parallèlement à ces restrictions imposées aux femmes, les talibans auraient laissé l’organisation terroriste Al-Qaïda s’infiltrer au sein même de l’appareil d’État afghan, selon un rapport remis à l’ONU début 2023.

Des membres d’Al-Qaïda occuperaient ainsi des postes dans l’administration et les forces de l’ordre du pays, sous la protection de hauts responsables talibans. L’objectif serait de sécuriser les cellules terroristes disséminées sur le territoire, tout en préservant les apparences d’une lutte contre le terrorisme de la part des talibans.

Cette collusion étroite entre talibans et djihadistes d’Al-Qaïda contraste avec les engagements pris par les nouveaux maîtres de l’Afghanistan. Ceux-ci avaient en effet promis de ne pas laisser le pays servir de base arrière à des groupes terroristes, en échange d’une reconnaissance diplomatique et d’une reprise de l’aide internationale.

L’infiltration des institutions étatiques par Al-Qaïda démontre que les talibans n’ont nullement l’intention de rompre les liens avec les groupes djihadistes globaux dont ils sont historiquement proches. Au contraire, ils se servent de leur pouvoir retrouvé pour offrir à ces groupes un refuge et un terrain d’entraînement en Afghanistan.

Une situation humanitaire catastrophique

Sur le plan humanitaire, l’Afghanistan traverse l’une des pires crises de son histoire. Selon l’ONU, 27 millions de personnes ont besoin d’aide, soit les deux tiers de la population afghane. La malnutrition touche plus de 4 millions d’enfants, et menace directement la vie de 131 000 d’entre eux.

L’insécurité persistante dans de nombreuses régions du pays, avec une recrudescence d’attentats du groupe État islamique, vient aggraver le marasme économique et social. Près de 400 civils ont été tués dans ces attaques depuis la prise de pouvoir des talibans.

Les talibans n’ont pour l’instant pas réussi à endiguer cette vague de violence, qui ne cesse de s’étendre à de nouvelles provinces afghanes. Leur incapacité à assurer la sécurité du territoire sape leur autorité et plonge encore davantage le pays dans le chaos.

Pour répondre à l’urgence humanitaire, la communauté internationale est appelée à débloquer au moins 4,5 milliards d’euros d’aide d’urgence en 2023 selon l’ONU. Mais l’arrivée au pouvoir des talibans et leurs dérives fondamentalistes pourraient compliquer l’acheminement de cette aide vitale, en raison des fortes réticences des pays donateurs à collaborer avec le régime en place.

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