Macron et la diplomatie : la polémique autour de Taïwan

Dix jours après les déclarations controversées d’Emmanuel Macron sur Taïwan et la Chine, la consternation des alliés de la France s’est quelque peu dissipée. Cependant, le malaise demeure chez les diplomates français, mettant en lumière le mode de décision du Président de la République en matière de diplomatie.

Emmanuel Macron, dans un entretien avec Politico, les Echos et France Inter, avait suggéré de ne pas faire preuve de “suivisme” à l’égard des États-Unis face à la Chine, notamment sur la question de Taïwan. Il défendait ainsi “l’autonomie stratégique” de l’Europe, alors que Washington se mobilisait pour l’Ukraine. Ces propos ont déclenché une polémique majeure, obligeant le Président à rappeler la position officielle française lors de sa visite d’État aux Pays-Bas : la France est pour le statu quo à Taïwan et soutient la recherche d’un règlement pacifique de la situation.

Le Quai d’Orsay surpris et mis devant le fait accompli

Les diplomates français ont été surpris par cette séquence, bien qu’ils soient habitués aux petites phrases controversées d’Emmanuel Macron. Le Ministère des Affaires étrangères, avec à sa tête Catherine Colonna, est souvent mis devant le fait accompli et sollicité ensuite pour exécuter les annonces ou réparer les dégâts. Selon un cadre, “le président n’en fait qu’à sa tête et les gens en ont marre de ramasser les morceaux, pour expliquer à nos interlocuteurs des positions mal comprises”.

Un connaisseur de l’exécutif constate que “Macron est très seul en réalité” et qu’il prend souvent des décisions sans consulter le Quai d’Orsay. Un diplomate étranger s’étonne de cette situation et souligne qu’un tel fonctionnement pourrait poser problème en cas de véritable crise, par exemple avec la Russie.

Le malaise de la refonte du ministère des Affaires étrangères

Emmanuel Macron tente d’apaiser ses relations avec un ministère encore sous le coup de la fronde provoquée par la refonte à marche forcée de sa haute hiérarchie. Le président s’est rendu au Quai d’Orsay mi-mars et a annoncé la création de 700 postes sur quatre ans ainsi que l’augmentation de 20% du budget du ministère. L’Association française des diplomates estime que “ce sont des preuves d’amour dont il faudra voir comment elles se concrétisent”.

Les détracteurs de la réforme craignent qu’elle ne mette en danger la carrière des professionnels de la diplomatie et favorise des nominations politiques dans les postes les plus prestigieux, comme les grandes ambassades. Les diplomates observent avec attention chaque nomination, une soixantaine de postes d’ambassadeurs étant à renouveler cette année. Les premières décisions bénéficient à des professionnels aguerris, comme Martin Briens, ancien directeur de cabinet de la ministre des Armées Florence Parly, à Rome, ou Stéphane Romatet, le patron du centre de crise, à Alger. Une des membres de la cellule diplomatique de l’Elysée, Isabelle Dumont, jusqu’ici chargée de l’Ukraine, doit partir pour Ankara.

Conclusion

La polémique autour des déclarations d’Emmanuel Macron sur Taïwan et la Chine met en lumière les tensions entre l’Elysée et les diplomates français. Le mode de décision du Président en matière de diplomatie, souvent sans consulter le Quai d’Orsay, suscite l’inquiétude et le malaise au sein du ministère des Affaires étrangères. Les efforts de Macron pour apaiser ces tensions, notamment à travers la réforme et l’augmentation du budget du ministère, sont suivis de près par les diplomates, qui attendent de voir comment ces mesures se concrétiseront.

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