Russie-Afrique : Pourquoi le Sommet Organisé par Poutine a été un Flop

La Diplomatie Isolée de Vladimir Poutine

Vladimir Poutine, le président russe, se retrouve de plus en plus isolé sur la scène diplomatique depuis son invasion de l’Ukraine l’année dernière. Cette action militaire a suscité une vive réaction de la part de la communauté internationale, conduisant de nombreux pays à imposer des sanctions économiques à la Russie et à réduire leurs interactions avec le gouvernement russe. En conséquence, Poutine tente de renforcer ses liens avec le continent africain, où la Russie est le premier fournisseur d’armes. Cependant, malgré ses efforts, son influence sur le continent reste limitée.

Le sommet Russie-Afrique, qui s’est tenu à Saint-Pétersbourg le jeudi 27 juillet, a été un test crucial pour la diplomatie de Poutine. Cependant, peu de chefs d’État africains ont fait le déplacement pour y assister, ce qui montre clairement les limites de l’influence russe en Afrique. Seulement 17 dirigeants africains ont répondu présent, soit moins de la moitié du nombre de participants au premier sommet de 2019. Cette faible participation démontre que l’Afrique reste ambivalente quant à ses relations avec la Russie.

Les Raisons Diverses des Dirigeants Africains

Les positions des pays africains à l’égard de la Russie sont diverses et complexes, reflétant les réalités politiques et économiques de chaque État. Certains régimes autoritaires entretiennent des liens étroits avec la Russie, profitant de ses fournitures d’armes et parfois même accueillant des mercenaires russes du groupe Wagner pour renforcer leur pouvoir et étouffer toute opposition. Ces relations étroites avec certains dirigeants africains permettent à la Russie d’exercer une influence politique et économique dans ces pays, notamment en soutenant leur maintien au pouvoir.

D’un autre côté, certains pays africains adoptent une approche plus pragmatique envers la Russie. Ils se souviennent sélectivement de leurs liens historiques avec l’Union soviétique pendant la guerre froide et cherchent à maintenir une certaine distance avec les grandes puissances occidentales. Ces pays évitent généralement de prendre parti dans les conflits géopolitiques mondiaux et cherchent plutôt à tirer profit des relations avec différents acteurs internationaux pour promouvoir leurs intérêts nationaux. Cette position d’équilibre leur permet de négocier avec la Russie sans s’aliéner les autres grandes puissances mondiales.

Une Approche Russe Cynique et Élitiste

Pour tenter de gagner l’influence des dirigeants africains, la Russie adopte parfois une approche cynique et élitiste envers le continent. Elle bloque parfois les initiatives d’autres pays, comme l’aide ukrainienne en céréales destinée à l’Afrique, pour favoriser ses propres exportations agricoles vers des pays amis. Cette tactique vise à renforcer les liens avec les élites politiques africaines en leur offrant des avantages économiques et politiques. Cependant, cette approche élitiste peut également susciter des critiques et des méfiances de la part des populations africaines qui pourraient percevoir la Russie comme une puissance étrangère cherchant à exploiter leurs ressources sans tenir compte de leurs besoins et aspirations.

En plus des fournitures d’armes, la Russie utilise également la présence de sociétés militaires privées, comme le groupe Wagner, pour promouvoir ses intérêts en Afrique. Le groupe Wagner est connu pour son rôle dans des conflits en Syrie, en Libye et en République centrafricaine, où il soutient les régimes autoritaires. Cette stratégie permet à la Russie d’étendre son influence et d’intervenir indirectement dans les affaires africaines sans s’impliquer officiellement. Cependant, la présence de sociétés militaires privées russes en Afrique suscite des inquiétudes concernant les droits de l’homme et la sécurité dans la région.

La Propagande Russe et l’Attrait Limité

Pour renforcer son influence en Afrique, la Russie s’appuie sur des campagnes de désinformation et de propagande, notamment sur les réseaux sociaux. Ces campagnes visent à créer une image positive de la Russie en présentant le pays comme un allié contre les puissances occidentales, perçues comme néocoloniales et néfastes pour le développement africain. Les messages diffusés jouent sur les frustrations liées à l’histoire coloniale et aux ingérences étrangères, en particulier en Afrique de l’Ouest francophone, pour gagner l’adhésion de certains Africains.

Cependant, l’attrait de la Russie a ses limites en Afrique. Malgré les campagnes de désinformation, les sondages montrent que la Russie n’a pas une influence aussi positive qu’elle le souhaiterait. L’Afrique reste pragmatique dans ses relations internationales et recherche avant tout des partenariats qui servent ses intérêts nationaux. Les dirigeants africains comprennent que la Russie, bien que fournissant des armes et offrant des opportunités économiques, ne peut rivaliser avec les puissances occidentales et la Chine en termes de soutien financier et de développement.

Conclusion

En définitive, le sommet Russie-Afrique organisé par Vladimir Poutine a été un flop en termes de participation des dirigeants africains, soulignant les limites de l’influence russe sur le continent. La Russie reste un acteur incontournable pour certains régimes autoritaires qui trouvent en elle un allié pour leur maintien au pouvoir. Cependant, son approche cynique et élitiste peut susciter des critiques et des méfiances chez les populations africaines. De plus, malgré ses efforts de propagande, l’attrait de la Russie en Afrique reste limité face à la concurrence d’autres puissances mondiales. L’Afrique cherche à maintenir une position d’équilibre dans ses relations internationales, privilégiant des partenariats pragmatiques qui servent ses intérêts nationaux.

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