Automobile : comment le Japon vise à devenir une nouvelle force dans l’électrique

Introduction

Le Japon, en tant que grande puissance automobile mondiale, est à la traîne dans le secteur des voitures électriques. Longtemps focalisé sur l’hybride et l’hydrogène, l’archipel n’a pas souhaité développer cette filière. Mais l’évolution du marché mondial a fait changé d’avis le pays. Le Japon investit désormais massivement dans la production de batteries électriques et souhaite devenir le pionnier de la future technologie de batteries. Plusieurs obstacles restent cependant à franchir. Dans cet article, nous allons décrypter les efforts du Japon pour devenir une nouvelle force dans le domaine de l’automobile électrique.

Le Japon rattrape son retard

La Chine, les États-Unis, et bientôt le Japon ? Dans la concurrence sur le marché de la voiture électrique, ce dernier pourrait s’imposer plus vite qu’attendu. Car si le Japon est jusqu’alors resté en retrait sur cette technologie, la faute à une industrie automobile fortement orientée vers le thermique et l’hybride, les annonces récentes du gouvernement laissent à penser que l’archipel compte bien rattraper son retard. En juin dernier, Toyota et d’autres sociétés japonaises ont reçu d’importantes subventions pour développer les batteries électriques dans le pays.

Un peu plus tôt, en avril, Honda et d’autres sociétés avaient déjà reçu des financements pour un projet similaire. Bien que la croissance des ventes de voitures électriques ne soit que de 1,7 % au Japon cette année, largement derrière les 11 % de l’Europe, le pays ambitionne de créer une rupture technologique majeure, à l’instar des véhicules hybrides.

Toyota, le chef de file

En tant que leader de l’industrie, le groupe Toyota joue un rôle central dans cette ambition. Le géant japonais de l’automobile, numéro un mondial sur le marché, a fixé l’objectif ambitieux de produire 1,5 million de véhicules électriques d’ici 2026. Un projet qui représente un défi considérable pour Toyota, avec seulement 25 000 unités vendues l’année dernière, très loin derrière les chiffres de l’américain Tesla et du chinois BYD, qui ont respectivement écoulé 1,3 million et 900 000 voitures électriques en 2022. Pour rattraper son retard, Toyota a dévoilé son plan d’action à l’horizon 2030.

Le géant japonais prévoit d’augmenter de 50 % ses dépenses en R&D, en mettant l’accent sur le développement des batteries électriques. Toyota espère développer rapidement les batteries solides, réputées pour offrir une autonomie accrue et un temps de chargement de seulement 10 minutes, bien que la technologie ne soit pas encore au point.

En attendant, le constructeur nippon cherche à améliorer les technologies des batteries lithium-ion liquides grâce à deux projets de giga-usines au Japon et aux États-Unis. L’objectif final est d’atteindre une parité de prix entre les voitures thermiques et les voitures électriques d’ici 2030, avec une réduction des coûts de production de 40 % pour les batteries et de 50 % pour les usines de fabrication de voitures.

Selon Frank Marotte, président et directeur général de Toyota France, cette baisse des coûts sera rendue possible grâce à une meilleure maîtrise des batteries et à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les usines de fabrication.

Le Japon, une grande force technologique

Le Japon dispose de ressources importantes pour réaliser ces ambitions. Toyota a été le pionnier de la voiture hybride, une technologie qui servira de base pour le développement de véhicules électriques à grande échelle. En optimisant l’autonomie des voitures grâce à la gestion de l’énergie au roulage et au freinage, Toyota a pu améliorer les rendements des batteries et leur compacité. De plus, la conception aérodynamique des voitures Toyota contribue à réduire les dépenses en énergie.

De son côté, le constructeur Nissan compte s’appuyer sur les innovations de Renault pour développer sa filière électrique. Le groupe a annoncé une prise de participation dans la filiale électrique « Ampere » de la marque au losange l’année prochaine. Le gouvernement japonais joue également un rôle essentiel en soutenant les constructeurs dans le développement massif de cette industrie.

Selon un analyste financier du secteur, les Japonais sont capables de rattraper leur retard grâce à leur approche industrielle complète et à l’aide de l’État. L’industrie automobile pèse lourd dans le pays, représentant environ 10 % du PIB en 2019, soit une part similaire à celle de l’Allemagne.

Les obstacles à franchir

Malgré les efforts du Japon pour se positionner comme une nouvelle force dans le secteur automobile électrique, plusieurs obstacles se dressent sur son chemin. Tout d’abord, le pays possède un marché spécifique où les petites voitures, appelées « kei cars », sont très populaires. Ces modèles abordables, souvent vendus en dessous de 10 000 euros, permettent aux Japonais de se déplacer facilement en ville. Il sera donc nécessaire de prendre en compte cet attrait pour les véhicules peu coûteux dans un contexte où les voitures électriques sont encore 30 % plus chères que leurs équivalents thermiques.

De plus, les constructeurs japonais font face à des défis liés aux systèmes de chargement. Les prises Chademo utilisées au Japon sont moins puissantes et nécessitent un temps de chargement plus long que les systèmes utilisés couramment dans le reste du monde. Ces prises ont été progressivement remplacées par d’autres normes dans les voitures européennes et américaines, ce qui limite la capacité des modèles japonais à s’imposer sur le marché international.

Enfin, le Japon devra faire face à une pénurie de métaux sur son territoire et devra rapidement établir des partenariats avec des mines dans d’autres pays pour maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur. L’archipel est également pressé de transformer son parc automobile en raison de son engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et à interdire la vente de voitures thermiques d’ici 2030. Cependant, contrairement à l’Europe, aucune annonce n’a été faite concernant une transition complète vers les véhicules 100 % électriques.

Pour Koji Yamamoto, président de J.D. Power Japan, atteindre la conversion totale à l’électrique semble être un défi difficile à relever, et il faudra conserver une part d’hybrides pour réduire rapidement les émissions de carbone.

Conclusion

Le Japon fait des investissements massifs et s’engage activement pour devenir une nouvelle force dans le secteur de l’automobile électrique. Avec Toyota en tête de file et le soutien du gouvernement japonais, le pays vise à rattraper son retard et à créer une rupture technologique majeure. Cependant, des défis majeurs subsistent, tels que le marché spécifique des petites voitures, les systèmes de chargement et la pénurie de métaux. Malgré cela, le Japon est déterminé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et à favoriser la transition vers des véhicules plus propres. Il reste à voir comment le pays surmontera ces obstacles et s’imposera sur la scène mondiale de l’automobile électrique.

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