L’OTAN Face à des Violences sans Précédent au Kosovo

La Contestation Serbe Provoque des Heurts

Une violence d’une telle ampleur n’a pas été observée depuis longtemps au Kosovo. Le lundi 29 mai, des centaines de manifestants de la minorité serbe du nord du pays se sont vigoureusement opposés aux militaires de l’OTAN, qui avaient pour mission de prévenir les affrontements avec les forces de police locales, principalement albanophones. Selon la KFOR (la force de l’OTAN déployée dans ce pays des Balkans depuis la fin de la guerre de 1999), trente soldats internationaux, principalement hongrois et italiens, ont été blessés. Les réactions internationales n’ont pas tardé. Giorgia Meloni, la première ministre italienne, a fermement condamné cette attaque « inacceptable et irresponsable » contre ses soldats, alors que la Hongrie a annoncé le rapatriement de ses blessés par avion.

Des vidéos des confrontations montrent des militaires en tenue anti-émeute subissant coups et explosions de dispositifs incendiaires, lancés par une population serbe indignée. Plusieurs véhicules de journalistes albanophones venus documenter les événements ont également été attaqués. On dénombre une cinquantaine de blessés parmi les résidents.

Tensions Croissantes

Ces affrontements ont été déclenchés par l’investiture de quatre maires albanophones dans les quatre municipalités autour de Mitrovica où la majorité de la population est serbe. Dépendants de Belgrade depuis plus de vingt ans, les 40 000 habitants du nord du Kosovo vivent dans un état d’anomie, faute d’intervention possible des autorités de Pristina sur le terrain. À l’image de Novak Djokovic, qui a réagi aux affrontements en affirmant « Le Kosovo est le cœur de la Serbie » à la fin d’un match à Roland-Garros, la plupart des Serbes ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo, déclarée en 2008.

Depuis son accession au pouvoir début 2021, le nouveau Premier ministre kosovar, le nationaliste de gauche Albin Kurti, entend mettre fin à cette situation, quitte à déstabiliser la région. Les échauffourées de lundi sont le résultat de plusieurs mois d’escalade de tensions. En novembre 2022, l’ensemble des policiers et maires serbes avaient démissionné pour protester contre la décision kosovare de ne plus reconnaître les plaques d’immatriculation serbes qu’ils utilisent toujours.

Appels à la Désescalade

En réponse, Pristina a organisé de nouvelles élections municipales, boycottées par les Serbes. Reporté plusieurs fois à la demande des soutiens occidentaux de ce petit État de deux millions d’habitants, le scrutin a finalement eu lieu le 23 avril. Seuls 1 500 Albanais y ont participé, élisant quatre maires de leur communauté. Le vendredi suivant, ces maires ont tenté de prendre leurs fonctions. En commençant par

remplacer les drapeaux serbes des institutions municipales par des drapeaux kosovars, ils ont déclenché la colère des Serbes. De nouvelles manifestations étaient prévues le mardi 30 mai.

Accusé par le président serbe Aleksandar Vucic de ne chercher qu’à provoquer des conflits au Kosovo et à mener la région à l’effusion de sang, M. Kurti a répliqué en condamnant les violences « d’un groupe d’extrémistes sous la direction de Belgrade » et en soulignant « la présence de graffitis pro-Kremlin », Moscou étant un allié historique de la Serbie.

Pour éviter une reprise de la guerre dans les Balkans, les puissances occidentales ont exhorté Pristina à la désescalade. Dès le vendredi, les Américains avaient demandé à M. Kurti de démettre les quatre maires, mais ce dernier semble pour l’instant faire la sourde oreille. De même que les Européens qui, malgré leurs efforts, n’ont pas réussi à trouver un accord entre les deux pays depuis des mois.

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